Notre CTO est une femme !
Ado, voulait être chirurgienne.
À l’occasion de la journée internationale des droits des femmes, on voulait vous présenter l’une de nos pionnières : Caroline, Caro, la femme en rouge, la Yupi woman.
Celle qui vous donne le sourire à chaque fois qu’elle entre dans une pièce.
42% de femmes chez SMADE, dont la moitié dans les métiers techniques. Ce n’est encore pas assez, mais ça progresse 💪
En cette semaine particulièrement féminine, big up à toutes celles qui font SMADE : Clémence, Céline, Caroline, Laetitia, Charlotte, Ons, Méline, Laura, Elisa, Charlotte, Léa, Lorena, Marion.
CTO et pourtant… Caroline s’imaginait faire de la chirurgie dès l’âge de 15 ans (comme quoi on était faits pour se rencontrer).
“ Je voulais faire chirurgien. Enfin chirurgienne en l'occurrence. Mais à mon époque, on disait chirurgien, jamais chirurgienne. ”
J’ai interviewé Caroline sur sa carrière en tant que femme dans le milieu de la tech.
Elle assure une chose : dans ce milieu depuis 1993, elle n’a pas rencontré beaucoup de femmes !
Découvrez l’interview de Caroline 👇
"Caroline : Avec le recul, finalement ce qui est surprenant dans mon parcours, c'est que quand j'étais lycéenne, j'étais très attirée par le monde du médical et je voulais faire de la chirurgie. Je regardais toutes les émissions qui passaient à la télé sur la chirurgie.
Ça me passionnait. Et donc je voulais faire chirurgien. Enfin chirurgienne en l'occurrence. Mais à mon époque, on disait chirurgien, jamais chirurgienne.
Et du coup mes parents m'avaient fait rencontrer un ensemble de personnes de leur entourage qui travaillaient dans le monde médical, souvent en hôpital. Tous m'ont découragée. Ils m'ont dit que c'était un milieu super machiste : "tu vas avoir du mal à faire ton trou", "c'est compliqué pour une femme, il n’y en a pas beaucoup".
Donc ça m'a un peu découragée et puis comme j'étais bonne en sciences, je suis partie en prépa et en école d'ingé. Avec les résultats des concours que j'ai passés et l'école que j'ai choisie, je me suis retrouvée dans une école d'ingénieur à Grenoble. On était 7 % de filles.
Finalement en voulant choisir une voie où j'aurais a priori moins de barrages liés au fait que j'étais une femme, je me suis retrouvée dans un métier où il n'y avait pas beaucoup de femmes. Voilà, ça fait un petit clin d'œil.
J'ai continué comme ça, je me suis laissée porter par le fil des évènements et toute la carrière que j'ai eue ne m'a pas déplue, bien au contraire.
Moi j'étais dans une école qui faisait de l'électrotechnique, donc des gros systèmes électriques. C'est pas le genre d'environnement où tu croises beaucoup de filles effectivement. Certaines écoles d'ingénieurs avaient quand même une plus grande proportion féminine.
Assez rapidement, dès la deuxième année, je me suis orientée vers le traitement du signal. Mon tout premier stage, je l'ai fait dans une entreprise où il fallait faire du développement sur des processeurs dédiés au traitement du signal. C'était de l'assembleur à l'époque, ça fait un peu dinosaure.
Mais voilà, je suis tombée dans le traitement du signal, ça m'a beaucoup plu et j'ai continué là-dedans. C'était l'une des options à l'école où il y avait finalement presque plus de filles.
J'ai fait, en parallèle de mon diplôme d'ingénieur, un DEA, un diplôme d'études approfondies qui normalement prépare à la thèse, que j'ai fait dans un labo du CNRS à Marseille. C'était cool ça. Un quart d’heure des calanques. Trop génial. Excellent.
Et à l'issue de ça, je me suis posé la question, "est-ce que je poursuis sur une thèse ou pas ?" Une société m'avait proposé de faire une thèse dans la continuité de ce que j'avais fait pendant mon stage de DEA au CNRS sur l'annulation du bruit à l'intérieur de l'habitacle d'une voiture.
Puis j'ai réfléchi, puis je me suis dit qu’en fait je préférais le monde de l'industrie au monde de la recherche.
Mais j'ai quand même complété ce parcours par une année d'études à Paris. Parce qu'en plus du traitement du signal que j'avais appris à Grenoble et lors de mon DEA, je me suis inscrite à un Master Télécom Paris pour faire du traitement d'image.
Et j'ai remis un peu les pieds dans le monde du médical à cette occasion-là.Il fallait que je fasse un stage pour valider mon Master. J'ai eu la chance de le faire pour l'hôpital de la Pitié-Salpêtrière. C'était du traitement d'image pour voir dans quelle mesure les traitements qui étaient en cours de recherche dans cet hôpital pour soigner l'asthme, étaient efficaces ou pas.
Ils injectaient les produits sur une brebis. On faisait des radios de ses poumons à différents endroits de sa cage thoracique avant injection, après injection etc. Le sujet de mon stage, c'était d'arriver à identifier si, effectivement, les bronchioles s'élargissaient et pouvaient aider à mieux respirer.
En sortant de là, je me suis dit que j’allais pouvoir rejoindre le monde du médical dans lequel j'ai toujours rêvé de travailler. Mais quand je suis arrivée sur le marché du travail à l'automne 1993, c’était une phase de creux économique. Donc mes candidatures de débutantes n'étaient pas retenues et je suis partie en tant que consultante dans une toute petite structure pour aller travailler dans une grosse boîte du monde militaire. Ce n'était pas ma tasse de thé, donc je n'y suis pas restée un an.
Marion : Et tu rencontres encore moins de femmes j’imagine en fonction du secteur pour lequel tu travailles !
Caroline : Oui ! J'essaie de me souvenir sur ce projet militaire, il y avait l'adjointe ou cheffe de projet qui était donc une femme. Et sinon dans les développeurs, j'étais la seule femme. C'était que des mecs effectivement.
J’ai changé de société et je suis allée dans le monde des télécoms dans lequel il y avait beaucoup de traitement du signal. Là il y avait un peu plus de filles, y compris en électronique, dont une fille qui faisait du FPGA à l'époque.
Et on était trois dans l'équipe qui s'occupait spécifiquement de toute la partie traitement du signal sur une équipe d’une quinzaine de personnes. C’était pas si mal. On n’était effectivement pas nombreuses, mais toutes aussi bonnes que les mecs, il n'y avait pas de raison !
Après je suis partie à Lyon, je suis rentrée dans une petite boîte de consulting encore, parce que je n’aime que les petites boîtes, toujours sur les domaines industriels. On ne faisait que du logiciel, mais on travaillait sur des domaines industriels, pour des clients comme Alstom, et des domaines davantage réseau. Je sais pas dire combien il y avait de filles, mais c'est pareil, on n’était pas très nombreuses. Je pense qu'on était moins de 10 % de femmes.
Marion : Chez Adeneo tu étais sur un poste managérial et gestion de projets. Est-ce que tu vois une différence de parité entre les postes d'ingé et ceux de management, d'encadrement et de chefferie de projet ?
Caroline : Il y avait davantage de femmes sur de la gestion de projets. J’ai souvent entendu dire “ouais mais c'est normal c'est une fille donc elle est plus rigoureuse plus organisée”. Pour moi c'est un peu une image d'Epinal, et tu peux très bien trouver des filles pas du tout organisées et des mecs qui le sont au contraire beaucoup.
C'est vrai que des filles avec la casquette d’expertise technique et qui ne font que cela, c'est assez rare. Ça existe, j’en ai rencontré quelques-unes dans mon parcours, mais c'est encore plus rare. C’est un peu dommage.
Mais tu vois, j'ai jamais reçu de discours négatif ou décourageant dans ce domaine, j'ai jamais senti de frein. À aucun moment on m'a dit “non t'y arriveras pas, va faire du littéraire ou de la socio”.
Marion : On te l’avait déjà dit une fois, c’était suffisant !
Caroline : C'est vrai !
J’ai continué à mener mon chemin et intéressée aussi bien par la technique que par l'aspect management, je suis devenue cheffe de projet, puis responsable d'équipe, responsable de service, de département, jusqu'à piloter un des bureaux d'études de ma précédente société.
Les rares fois où l'on avait des filles qui venaient passer des entretiens techniques, les mecs venaient regarder la candidate derrière les vitres, comportement qu’ils n’avaient pas avec des hommes.
C’est souvent une petite blague qui revenait, “oh mais ton équipe il y a que des mecs, quand est-ce que tu nous trouves une fille ?" Je l'ai souvent entendu donc c'est bien dire qu’on est dans un milieu vachement enfermé malgré tout.
Et je pensais sincèrement qu’avec le temps il y aurait de plus en plus de filles qui se seraient orientées vers les métiers similaires aux miens. J'ai l'impression que ça s'est accentué, mais pas que l'on soit arrivé à la parité, loin de là.
Marion : Il commence à y avoir pas mal d'initiatives dans les écoles, dans les lycées pour parler des métiers techniques aux filles au plus tôt malgré tout.
Caroline : Oui c'est important.
Même la féminisation des titres de poste, c'est quelque chose qui est arrivé vachement tard. J'ai jamais écrit ingénieure, à part très récemment.
Je me souviens quand je faisais faire mes cartes de visite en fonction des postes, je pouvais être capable de mettre un nom de poste comme si j'étais un mec. Avant d'envoyer en impression, la chargée de communication m’avait dit “Mais Caroline, pourquoi tu masculinises ton poste ?”
Marion : Et t'avais pas forcément conscience de faire ça ?
Caroline : Mais non, en fait j'avais jamais entendu d'autres personnes avec un autre terme que "directeur de...". C'était plus facile pour moi de dire directeur que directrice. Alors qu'aujourd'hui je me dirais que c’est complètement débile.
Et donc il y a quand même eu un changement, une prise de conscience dans les façons de faire et des façons de dire. C'est bien.
Mais pour autant, on n'est pas submergés de candidatures de femmes sur des postes techniques.
Marion : Depuis 2021 chez SMADE, on a dû voir passer 2 CV de femmes en électronique. Et pourtant on en a rencontré des candidats ! On en a eu un peu plus en firmware, et encore plus en dev web et data.
Caroline : J’ai toujours vu beaucoup plus de femmes dans le développement web, c’est vrai.
Il y avait un peu plus de filles dans le métier de la CAO, mais c'est aussi une qualification moins avancée, en général tu es “technicien CAO” alors que tu es “ingénieur électronicien”.
Donc effectivement, sur le métier de l'électronique, que ce soit développement hardware ou firmware, une population féminine assez réduite. Dans le développement web ou ce qu'on peut dire applicatif débarqué, il y en a beaucoup plus.
Et côté data et intelligence artificielle, j'espère que ça peut être un domaine où les femmes se développent beaucoup plus.
J’en ai connu des femmes dans ma carrière technique, vraiment ! Mais la plupart du temps tu n’étais qu’avec des mecs. C’était pas rare que tu te retrouves dans une réunion qu'avec des mecs autour de toi.
Marion : C’est quand même assez rare pour être souligné que tu n’aies jamais eu de sentiment de blocage ou des commentaires désagréables.
Caroline : Non, j'ai jamais eu de remarque négative, on m'a jamais renvoyé dans mes 22 sous prétexte que j'étais une femme. On n'a jamais dénigré mon travail.
Marion : C'est bien, c'est pas partout comme ça.
Caroline : J’ai certainement eu de la chance dans mon parcours, de ne travailler qu’avec des gens bien.
On a 6 filles dans la technique chez SMADE, certainement le plus gros pourcentage depuis le début de ma carrière !"